Célébrer la femme à travers l’art

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, le Franco-Centre d’Iqaluit a ouvert ses portes à la communauté pour célébrer l’art féminin.
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Karine Lavoie
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Le 8 mars dernier, l’Association des francophones du Nunavut (AFN) a été l’hôte de la première édition d’un événement rassembleur pour célébrer les femmes d’Iqaluit en offrant l’occasion à celles-ci de partager leurs talents artistiques à la communauté.

À travers son centre communautaire, l’AFN se donne comme mission de faire rayonner la francophonie et d’ouvrir ses portes aux autres communautés culturelles du Nunavut. Pour Ivo Vigouroux, coordonnateur du Franco-Centre et organisateur de l’événement, le centre représente un espace idéal pour permettre aux femmes Iqalummiut de tous les horizons de partager leur art : « Depuis que je suis à Iqaluit, j’essaie de rendre l’espace le plus inclusif et le plus accessible à la communauté entière », affirme-t-il d’entrée de jeu.

L’idée de souligner cette journée en ouvrant l’espace du Franco-Centre aux artistes féminines locales a été initiée par Isabelle Durand, peintre franco-nunavoise, qui s’implique bénévolement auprès des Refuges pour les femmes et les enfants d’Iqaluit : « Avant les Fêtes, j’avais demandé à Ivo la possibilité de planifier une exposition pour amasser des fonds pour mes sessions d’art libre avec les Refuges », explique cette dernière, qui réinvestit tous les profits générés par la vente de ses toiles dans l’achat de son matériel artistique et en offrant des ateliers artistiques dans les refuges.

L’idée a fait son chemin puisque ce sont finalement près d’une douzaine de participantes qui ont répondu présentes à l’événement. Elles ont pu exposer leurs talents dans diverses disciplines artistiques telles que la peinture, la conception de bijoux et de vêtements, le chant ainsi que la création de tatouages, en plus d’avoir la possibilité de vendre leurs œuvres.

Présenté gratuitement, l’événement était ouvert aux femmes, aux hommes et également aux enfants : « Ce n’est pas un événement exclusivement pour les femmes. Au contraire, c’est une célébration des femmes, donc c’est quelque chose d’inclusif », précise Ivo Vigouroux.

Faire preuve de solidarité

L’art peut s’avérer un excellent moyen de méditer et de partager un moment de qualité entre femmes : « Ce moment de création permet de me reconnecter à moi et de prendre du recul sur mes émotions. C’est pour cette raison que j’organise des sessions libres artistiques avec les employées et les clientes des Refuges pour femmes », explique Isabelle Durand. Selon elle, trop de femmes souffrent d’être une femme et la solidarité s’avère importante pour cheminer vers un mieux-être : « Se rassembler permet de nous honorer et de mieux se comprendre pour mieux s’épanouir », ajoute-t-elle.

Melissa Attagutsiak, connue sous le nom de Nuvuja9 sur les réseaux sociaux, comptait également parmi les participantes de l’événement. La femme qui se spécialise dans la création de bijoux inuits souhaite mettre l’accent sur la force, la résilience et la beauté profonde de l’art féminin. « Ce fut l’occasion de montrer mon travail en tant qu’artiste locale et de soutenir d’autres artistes de la communauté », affirme-t-elle.

Elle insiste également sur l’importance de se supporter entre femmes : « Je vois les femmes comme les superhéros de leurs propres histoires. Il y a tellement de petites façons de célébrer cela chaque jour. Qu’il s’agisse de mettre ses boucles d’oreilles préférées pour améliorer sa confiance ou de complimenter quelqu’un sur son rouge à lèvres ou sa tenue, nous pouvons rendre la vie plus belle ensemble », exprime-t-elle.

Les défis actuels de la femme

Joe Savikataaq, premier ministre du Nunavut, tenait également à souligner cette journée importante en misant sur les gestes à réaliser pour poursuivre la lutte reliée à l’égalité des sexes : « La Journée internationale des femmes de cette année a pour thème "Choisir de contester". Je nous lance donc le défi collectif de dénoncer le sexisme et les inégalités. Vos gestes et vos paroles comptent. Ensemble, favorisons l’inclusion et la solidarité pour toutes les femmes », peut-on lire sur son compte Facebook.

Malgré tout le chemin parcouru concernant la condition féminine, certaines difficultés demeurent présentes de nos jours. Shauna Seeteenak, participante à l’événement au Franco-Centre en tant que chanteuse hip-hop, révèle que le fait d’être une femme inuite pose son lot de défis face aux attentes quant au rôle traditionnel féminin : « J’ai l’impression que les gens s’attendent à ce que nous fassions encore principalement des tâches ménagères, cuisinions, nettoyions, cousions… mais pas toutes les femmes n’aiment faire ces choses », affirme-t-elle en précisant, que personnellement, elle n’aime pas du tout la couture.

Pour Isabelle Durand, c’est plutôt le fait d’être une femme francophone vivant dans une communauté nordique qui représente un défi supplémentaire au quotidien : « Mes plus grands défis comme femme francophone sont d’obtenir des services en français, de m’exprimer le mieux possible même en tant qu’introvertie et pas tout à fait fluide en anglais et, surtout, d’apprendre à faire pipi dehors dans la toundra! » conclut-elle en rigolant.

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Photo 1
Crédit : Melissa Attagutsiak
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Laura Attagutsiak, sœur de Melissa, portant des boucles d’oreilles créées par l’artiste.

Photo 2
Crédit : Melissa Attagutsiak
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Bijou créé par Melissa Attagutsiak, aussi connue sous le nom de Nuvuja9 sur les réseaux sociaux.

Photo 3
Crédit : Isabelle Durand
Légende
Toile réalisée par Isabelle Durand, l’artiste à l’origine de l’idée d’un événement artistique pour célébrer la Journée internationale des femmes.

Photo 4
Crédit : Shauna Seeteenak
Légende
Shauna Seeteenak a participé à l’événement en tant que chanteuse hip-hop.

  • Nombre de fichiers 5
  • Date de création 8 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 8 mars, 2021
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