«Ça fera une histoire à raconter à nos enfants»

De nombreux mariages prévus pour le printemps et l’été à l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) sont annulés ou reportés à cause de la pandémie de la COVID-19. Certains couples parviennent cependant à se réorganiser et à maintenir leurs noces.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local  – APF – Atlantique

Samedi 23 mai 2020. Cette date, Amandah Turner et Ryan Woods l’ont choisie ensemble. En couple depuis quatre ans, les deux trentenaires de l’Île-du-Prince-Édouard doivent se marier religieusement le jour de l’anniversaire de leur rencontre. «On a envisagé de reporter à l’année prochaine, mais c’est une date vraiment spéciale pour nous, on a préféré maintenir», confie la jeune femme. La COVID-19 a rompu l’harmonie.

Environ 120 invités étaient prévus et les préparatifs étaient en cours depuis deux ans : réservation de la salle à Rustico, des chambres d’hôtel, du traiteur, de l’animateur de soirée, du photographe, de la limousine, de la robe, du costume, des alliances, etc. Autant dire un vrai casse-tête pour tout réorganiser. «On a dû s’y résoudre», glissent les futurs époux. Confinés, ils planifient les festivités avec leurs familles via Zoom, le service de communication vidéo.

Le mariage aura lieu chez eux, dans leur jardin. Seuls les parents, frères et sœurs pourront être présents lors de la cérémonie religieuse qui sera diffusée en direct sur Facebook pour les absents. «Nous avions des gens qui devaient venir d’autres provinces et même d’Angleterre», raconte Amandah Turner. Du repas à la décoration en passant par le gâteau et les photos, le moindre détail doit être revu. «On essaie d’en rire, on se dit que ça fera une histoire à raconter à nos enfants. Et on a toute notre vie pour célébrer notre union avec nos proches», philosophent les fiancés qui pensent déjà à renouveler leurs voeux dans cinq ans.

Se réorganiser

Yvonne Doucette, 77 ans, et Clément Gallant, 80 ans, ont également dû se réorganiser. En couple depuis un an, ils avaient mis six mois à mettre au point leur union religieuse, initialement planifiée pour le 17 avril. Une centaine d’invités devaient se réunir au club des aînés de Rustico Bay pour une danse et un goûter. En raison de la pandémie, la réception a été annulée. «Nos noces ont alors un peu perdu de leur élan, il y avait tellement d’inconnus», reconnaît Yvonne Doucette. Les fiancés ont finalement pu se marier le 24 avril à l'église Saint-Augustin de Rustico en présence du prêtre et de leurs deux témoins.

«On n’a pas eu trop le choix de la date. On a eu des difficultés à obtenir notre licence et on l’a eue seulement deux jours avant la cérémonie», raconte Yvonne Doucette. Mais la mariée ne regrette rien : «À nos âges, nous ne voulions pas décaler, nous voulons profiter de la vie ensemble tant qu’on est en bonne santé». À la sortie de l'église, une vingtaine de voitures attendaient les époux, avec à leur bord des proches venus les féliciter. S’est ensuivi un repas à la maison avec les témoins. «Chacun à une extrémité de la table, tient à préciser Yvonne Doucette. C’était vraiment bien, on a même eu un vrai gâteau de mariés.»

Plan B et nouveaux créneaux 

Alors que la saison des noces commence en mai à l’Î.-P.-É., de nombreux mariés se retrouvent dans l’incertitude. Kristina Allen, à la tête de l’agence Elysian Weddings, rapporte déjà une annulation parmi ses 43 clients qui prévoyaient s’unir cet été. «Et nous n’avons plus de nouvelles requêtes», ajoute l’organisatrice de mariage. Pour les cérémonies déjà prévues, elle reconnaît ne pas avoir de visibilité. «On suit l’évolution des restrictions à l’Île, mais aussi les fermetures de frontières à travers le pays, indique-t-elle. Notre province est une destination de mariage, les couples et leurs invités viennent de loin pour s’unir ici.»

L’autre enjeu, c’est l’obtention d’une licence de mariage. «Nous ne savons pas précisément quand elles seront disponibles, peut-être durant la phase 2 ou 3 du déconfinement», espère Kristina Allen, qui évoque une liste d’attente mise en place par l'état civil de l’Î.-P.-É. La cheffe d’entreprise a déjà réfléchi à des plans B et propose de nouveaux créneaux. «Mes clients peuvent tenir leur noce à une date ultérieure, en fonction des disponibilités, sachant que mon équipe est en mesure d’organiser plusieurs cérémonies par jour», dit-elle.

À ce jour, 18 de ses clients ont déjà décalé en 2021 et d'autres sont en train d’y réfléchir. Kristina Allen est plus que jamais inquiète pour la saison 2020. «Dans notre secteur, nous réalisons 70 à 80 % de nos revenus annuels pendant l’été, souligne-t-elle. Nous allons devoir faire preuve de créativité, offrir de nouveaux types de service pour maintenir notre activité.»

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Yvonne Doucette et Clément Gallant : Yvonne Doucette, 77 ans, et Clément Gallant, 80 ans, se sont mariés le 24 avril à Rustico en présence de leurs deux témoins. Yvonne Doucette ne regrette rien : «À nos âges, nous ne voulions pas décaler, nous voulons profiter de la vie ensemble tant qu’on est en bonne santé.»

Amandah Turner et Ryan Woods : Amandah Turner et Ryan Woods ont maintenu leur mariage le 24 mai prochain en dépit de la crise sanitaire. Mais ils ont été obligés de réorganiser le moindre détail de leur cérémonie planifiée depuis deux ans. Ils feront ça chez eux avec seulement leurs parents et leurs frères et soeurs.

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  • Date de création 1 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 1 mai, 2020
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