Budget ontarien : un budget de temps de guerre?

ÉMILIE PELLETIER

Initiative de journalisme local — Le Droit

« Dieu merci, nous ne vivons pas une guerre mondiale. Pourtant (...) » En déposant son budget annuel, mercredi, le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy a noté les nombreuses similitudes entre son travail et celui de Leslie Frost, ministre des Finances de l’Ontario à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale.

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« Étant fervent d’histoire, je ne peux pas m’empêcher de penser, au moment de faire ce bilan, à d’autres périodes difficiles que nous avons traversées par le passé », a remarqué le ministre Bethlenfalvy en déposant son budget à Queen’s Park, mercredi. 

« Lors du dépôt de son budget devant cette chambre en 1945, Leslie Frost avait déclaré que l’Assemblée se réunissait en période d’adversité. Que le chemin qui nous attendait serait difficile. Qu’il prenait la parole devant une législature en temps de guerre pour nous présenter un budget de temps de guerre. »

La COVID-19 a emporté plus de 7 200 Ontariens depuis la première contamination, en janvier 2020, et a fait plonger l’économie provinciale dans le néant. 

« Monsieur le Président, Dieu merci, nous ne vivons pas une guerre mondiale, a poursuivi Peter Bethlenfalvy. Pourtant, il y a certaines similarités entre les circonstances que nous traversons aujourd’hui et l’époque où le ministre Frost prenait la parole dans cette chambre. La population de l’Ontario est unie dans sa lutte contre un ennemi commun. La bataille n’est pas terminée. L’ennemi n’a pas encore été vaincu. »

Une bonne comparaison?

La professeure en études politiques de l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier n’est pas certaine que la comparaison entre les deux situations tienne la route. 

« J’ai plutôt trouvé que c’est un budget qu’on verrait en temps de grosse crise économique, comme en 2008 ou en 1991 », a noté la politologue, en entrevue avec Le Droit. 

« En 1945, on dépensait beaucoup. Ici, c’est vraiment une question de santé publique, donc oui on dépense, mais c’est plus un problème de santé publique. Est-ce qu’on utilise vraiment l’argent comme on le faisait en 1945? Je n’ai pas cette impression-là. »

La professeure juge que le budget du gouvernement Ford est principalement axé sur l’économie, et que même si la santé représente « un gros morceau », la plupart des initiatives visent à relancer les affaires de la province.

« Si on le regarde du point de vue d’un gouvernement conservateur, c’est un bon budget. Parce que oui on fait des concessions étant donné qu’on est obligé d’avoir un déficit important, mais on est tout de même en mesure de montrer à la population un certain contrôle. »

Geneviève Tellier n’est tout de même pas convaincue que ce budget sera suffisant pour relancer l’économie de la province, l’objectif tant espéré du premier ministre. 

Le gouvernement Ford a décidé de bonifier son soutien aux petites entreprises de la province, en offrant de 10 000$ à 20 000$ à environ 120 000 entreprises. 

Aux dires de la professeure Tellier, même si l’aide aux petites et moyennes entreprises a été renouvelée, plusieurs autres entreprises, qui ne cadrent pas dans cette subvention, « continuent d’en arracher » et devront vivre avec des conséquences économiques substantielles. 

La politologue constate aussi que d’un point de vue libéral, le gouvernement progressiste-conservateur n’a, sans grande surprise, pas tenté de se lancer dans une réforme du secteur de la santé ou de l’éducation, et il ne propose pas un plan vert non plus.

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  • Date de création 24 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 24 mars, 2021
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