Benoît Cazabon a plusieurs cordes à son arc

Quatrième portrait d’une série sur des auteurs franco-ontariens âgés de 65 ans et plus. 

Écrivain, linguiste et pédagogue, Benoît Cazabon est un spécialiste de la communication en langue maternelle dans des milieux minoritaires. Originaire de Verner, près de Sturgeon Falls dans le Nord de l’Ontario, ce Franco-Ontarien de 75 ans a mis sa plume au service de la recherche et de l’édition universitaire, du roman identitaire et même du portrait littéraire.

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Paul-François Sylvestre — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

Professeur à la Faculté d’éducation de l’Université Laurentienne (Sudbury, 1969-1987), Benoît Cazabon participe à la fondation de l’Institut franco-ontarien en 1976 et devient son premier directeur. Dans le contexte post-soixante-huitard, Cazabon fait partie de ces jeunes profs désireux de construire un enseignement universitaire qui inclurait les nouvelles réalités émergentes, pas juste l’histoire et le folklore.

«Nous ne savions à peu près rien de nous-mêmes. Nous savions une chose : nous voulions prendre la parole en tant que groupe intellectuel. Et cette parole se manifesterait dans des structures autonomes. La conscience collective d’un “Nous” s’éveillait et c’est ainsi qu’est né le besoin d’une publication autonome, la Revue du Nouvel-Ontario (1977).»

Les premiers numéros de la revue traitent de sujets aussi variés que syndicalisme et participation à la politique, mouvement coopératif et économie, santé et sports, idéologie et conception de soi, bilinguisme et maintien de la langue minoritaire, éducation et autonomie de la gestion scolaire.

Benoît Cazabon a tour à tour enseigné à l’Université Laurentienne, l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario et l’Université d’Ottawa. Ses recherches en linguistique ont donné lieu à plusieurs articles et à un important essai intitulé Langue et culture : unité et discordance (Prise de parole, 2007).

Selon le pédagogue-linguiste-écrivain, «une des courroies motrices de notre épanouissement passe par l’obtention de lois fortes qui permettent à des institutions autonomes d’abriter des individus motivés à se reproduire». Parmi les freins, il place «les institutions bilingues où la force dominatrice épuise l’énergie du groupe minoritaire, forçant les individus à s’accommoder dans un entourage réfractaire au maintien de leurs valeurs». L’Université de l’Ontario français lui tenait déjà à cœur il y a vingt ans.

Benoît Cazabon a pris sa retraite de l’enseignement à l’âge de 65 ans. Il se tourne alors vers le roman identitaire en publiant Mattawa, à contre-courant (Prise de parole, 2012). Ce premier ouvrage de fiction prend la forme d’un journal tenu par un médecin de Mattawa entre 1889 et 1919. Il est évidemment question du Règlement 17 [du ministère de l’Éducation de l’Ontario, adopté en 1912 et qui interdit l’enseignement du français après la deuxième année du primaire], mais l’auteur préfigure aussi la gestion par et pour les Franco-Ontariens (obtenue en 1997) lorsque son personnage écrit que «contrôler les écoles sans gérer le système d’éducation, c’est comme tenir un boyau d’incendie qui n’est pas branché à une borne-fontaine».

Dernière corde à son arc, l’auteur fait œuvre de pionnier en brossant le portrait d’un peintre franco-ontarien très connu. Dans Bernard Aimé Poulin, un portrait – a portrait (Marcel Broquet, 2019), Cazabon écrit qu’un artiste laisse du sien sur la toile, car «tout questionnement, toute recherche, toute inquiétude, tout inachèvement viennent de l’intérieur de l’artiste».

Par le biais des publications savantes, roman identitaire et portrait littéraire, Benoît Cazabon permet à la société franco-ontarienne de réfléchir à son devenir constamment en marche.

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Des photos sont disponibles sur demande : ijlontario@gmail.com.

 

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  • Date de création 19 décembre, 2019
  • Dernière mise à jour 19 décembre, 2019
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