IJL - Ouest

Augmentation des dépenses de police en Alberta, malgré la contestation

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a annoncé, le 2 juillet dernier, le financement de nouveaux renforts policiers en Alberta dans un contexte de profonde remise en question du fonctionnement des corps de police dans la province.

Arnaud Decroix

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Ces 76 nouveaux postes de policiers, accompagnés de la création de 57 postes de soutien civil, doivent venir renforcer les services de police de première ligne au sein des collectivités rurales albertaines.

Cet effort intervient à la suite de l’adoption d’un nouveau modèle provincial de financement des services de police présenté en décembre 2019 par le ministre de la Justice, Doug Schweitzer.

Le financement des services de police

La loi albertaine prévoit que les municipalités urbaines, comprenant plus de 5000 habitants, doivent fournir à leur population leurs propres services de police.

Pour leur part, les municipalités urbaines de 5000 habitants ou moins, ainsi que toutes les municipalités rurales quelque soit leur taille, reçoivent des services de police fournis par la GRC. La province de l’Alberta paie 70% de ces coûts et le gouvernement fédéral finance les 30% restant pour des montants annuels respectifs de 262,4 et 112,4 millions de dollars.

Un plan, présenté par le gouvernement albertain en décembre 2019, vise à accroître de plus de 286 millions de dollars, sur cinq ans, le financement de ces services de police. Ce montant permettra de créer plusieurs centaines de nouveaux emplois au sein des services de police des communautés rurales de l’Alberta. Cette somme additionnelle sera fournie par les gouvernements de l’Alberta et du Canada à hauteur, respectivement, de 200,6 et 86 millions de dollars.

Ce financement s’accompagne également d’un nouveau partage des coûts de ces services. Ainsi, depuis cette année, les municipalités rurales albertaines sont désormais tenues de contribuer, sauf exception, au paiement des services de police fournis par la GRC. Il est aussi prévu que cette contribution augmente progressivement passant de 10% des coûts en 2020, pour atteindre 15% l'année suivante, 20% en 2022, et enfin 30% en 2023.

Par conséquent, ces nouvelles dépenses représentent une charge financière importante pour de nombreuses communautés rurales albertaines.

Par ailleurs, le poids financier des services de police tend à être de plus en plus contesté par une partie de la population albertaine.

Une contestation croissante

La contestation du poids financier des services de police ne concerne pas que les communautés rurales, au budget restreint, mais touche aussi les grandes villes, déjà légalement tenues d’assurer leur propre financement de ces services.

Ainsi, des citoyens remettent désormais en question le montant du budget de fonctionnement de la police de Calgary, qui a dépassé les 400 millions de dollars en 2019. Ce budget constitue le premier poste de dépenses de la Ville loin devant les transports.

Le budget de fonctionnement du service de police d’Edmonton, qui représente pour sa part un coût annuel de 373 millions de dollars en 2020, est, là encore, le premier poste de dépenses de la Ville. Celle-ci a tenu, à la mi-juin, une consultation relative à la possibilité de réduire ce budget. Environ 150 personnes ont pris part aux audiences publiques. Beaucoup d’entre elles ont préconisé de rediriger une partie de ces fonds vers des organismes communautaires afin que ces derniers remplacent la police dans certaines de ses interventions. Quelques-uns ont même appelé à un démantèlement total du service de police, comme cela a été fait à Minneapolis, dans un contexte d'accusation de racisme systémique. La Ville d’Edmonton a finalement accepté de réduire de 11% le budget de sa police pour l’année à venir.

C’est dans ce contexte que le ministre albertain de la Justice a également annoncé sa volonté d’accélérer la modernisation de la loi sur la police.

Alors que le budget accordé aux services municipaux de police et d’incendie n’a cessé de croître au fil des dernières décennies, des voix se font de plus en plus entendre pour remettre en question cette évolution continue.

Elles comprennent celle du premier ministre albertain, Jason Kenney, qui s’intéresse à la création d’une police provinciale pour remplacer la GRC, sujet qui pourrait faire l’objet d’une consultation publique en 2021.

L’Alberta n’est pas la seule à connaître cette vague de contestation. Par exemple, en Colombie-Britannique, plus de deux milliards de dollars ont été dépensés pour les services de police et d’incendie, en 2018, par les administrations locales, obérant plus du quart de leur budget global.

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  • Date de création 9 juillet, 2020
  • Dernière mise à jour 9 juillet, 2020
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