Au Lycée Louis Pasteur, le virus du voyage

En ces temps troublés par la pandémie qui œuvre à un sombre dessein depuis de longues semaines, le nom Louis Pasteur est porteur de l’espoir d’un vaccin, remède fortement ancré dans les esprits actuellement. Le lycée Pasteur de Calgary porte le célèbre nom avec fierté. Pleins feux sur l’établissement qui, à défaut de traitement, reste actif au sein de la communauté francophone de la région.

Inés Lombardo

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Si le précieux sérum que l’on attend tous n’a rien à voir avec la rage, Louis Pasteur reste le scientifique français qui a ouvert le champ des possibles à un moment où l’on pensait que la rage ne pourrait pas disparaître. Deux cents ans plus tard, ce champ ne s’est pas rétréci.

La vie continue

Parsemée de drames personnels, notamment la mort de trois de ses cinq enfants à cause de différentes maladies, la vie de Pasteur lui donne la rage, la bonne : celle de mieux comprendre les phénomènes épidémiologiques de son époque. Parmi ses nombreuses découvertes, dont les plus connues restent la dissymétrie moléculaire (1847) et la pasteurisation (1865), il découvre dans les quinze dernières années de sa vie le traitement contre la rage par vaccination.

Dans le contexte actuel, si la fin de la COVID-19 semble n’être qu’un horizon lointain et flou, les travaux de scientifiques comme Pasteur permettent un espoir : la vie poursuit son cours, confinement ou non.

Malgré ses portes fermées jusqu’en septembre, c’est dans cette optique que s’est inscrit le Lycée Louis Pasteur de Calgary. La semaine passée, son directeur, Frédéric Canadas, a réalisé une journée portes ouvertes virtuelles sur l’application de visioconférences Zoom. « Nous avons eu beaucoup d’intérêt et des inscriptions », souligne-t-il. Il y aura sans doute un camp d’été, mais cette perspective est indépendante du programme scolaire.

Alors que la date traditionnelle du bac français approche, l’éventualité d’un contrôle continu est envisagée. Le lycée privé applique à la fois le programme de l’Éducation nationale française et le curriculum de l’Alberta de la maternelle à la fin du lycée. Les deux se superposent. Des enseignants francophones instruisent le premier et des anglophones, le second.

Un double parcours très apprécié autant des expatriés français que des francophones et francophiles. Le Lycée a d’abord ouvert ses portes en 1966 afin d’offrir aux enfants d’expatriés de nationalité française la possibilité de poursuivre leur scolarité au Canada. La réputation de l’établissement et de son programme ayant grandi, le Lycée accueille des enfants de toutes nationalités et profils linguistiques depuis 1982.

Si la raison pour laquelle le lycée porte le nom du pionnier de la microbiologie reste inconnue, l’importance d’une école française en Alberta apparaît forte. « Le côté international et bilingue joue énormément, indique Frédéric Canadas. C’est aussi une opportunité pour les parents de faire partie d’un réseau ». En effet, le Lycée fait partie de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) qui compte près de 500 établissements français à travers le monde. « Cela permet une mobilité aux familles, ajoute le directeur. Il n’y a pas de souci de suivi pour leurs enfants s’ils partent à l’étranger. »

Des francophones citoyens du monde

Une réflexion confirmée par Benoît Lafay, français expatrié, dont les quatre enfants ont fréquenté l’établissement. Deux d’entre eux y sont toujours. « Notre choix s’est porté sur l’école Louis Pasteur car, à notre arrivée à Calgary, nous avions deux filles en bas âge déjà bilingues. Nous voulions qu’elles puissent continuer l’anglais tout en apprenant à l’écrire, avec le français, dès la maternelle. Les autres écoles francophones ne reprenaient l’anglais que plus tard », explique-t-il. L’académisme français dans sa langue maternelle, mêlé avec la confiance en soi et un travail sur l’expression orale enseigné par le programme canadien ont achevé de convaincre le couple Lafay.

Leur fille aînée, Joséphine, 19 ans, a terminé sa première année à l’Université McGill de Montréal dans le cadre d’un baccalauréat en commerce. Elle a pu sauter une année d’université grâce aux crédits accumulés dans le cadre de son bac de français. Ce dernier, très réputé à l’international, ajouté au multilinguisme de la jeune femme – elle parle couramment anglais, français et espagnol – sont des raisons qui, selon elle, lui ont ouvert les portes de la prestigieuse université.

Dans le cadre du lycée, sa sœur a passé plusieurs mois en Espagne. Son frère partira en Finlande. Elle-même a passé un an à Montréal au lycée et quatre mois à Mexico dans l’un des établissements français partenaires de l’AEFE. « Les élèves deviennent des citoyens du monde », appuie Frédéric Canadas.

Le fait d’avoir passé toute sa scolarité au sein du même établissement, qui pourrait être pesant pour certains, a été pour elle une source d’épanouissement, justement du fait des échanges. L’accompagnement personnalisé dont les élèves du Lycée bénéficient - ils sont parfois réduits à quatre, voire deux les dernières années de lycée ! – est une autre des données de leur réussite et de l’excellente réputation dont jouit l’établissement. Spécialisée dans un bac scientifique, Joséphine Lafay explique : « Nous n’avons pas le droit d’être derrière, nous n’avons pas d’autres choix que de travailler vu l’encadrement dont on bénéficie. Et c’est cela qui nous laisse le plus de chances », reconnaît-elle. L’étudiante se destine au commerce de luxe, peut-être en Europe. Sans exclure l’Amérique latine.

« Le hasard ne favorise l’invention que pour des esprits préparés aux découvertes par de patientes études et de persévérants efforts », disait Louis Pasteur. Une maxime qui pourrait s’adapter au lycée éponyme et aux élèves tels que Joséphine.

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Lycée : La COVID-19 a vidé les couloirs du Lycée Pasteur jusqu'à la rentrée prochaine.

Crédit : Bud Moore

Enfants : À la base, le Lycée a ouvert ses portes en 1966 pour que les enfants d'expatriés français puissent suivre leur cursus à Calgary. Depuis 1982, il est ouvert à tous les profils linguistiques et toutes les nationalités. Actuellement, 77% des enfants qui y sont scolarisés ne parlent pas français au sein de leur famille.

Crédit : Skogen Photography

Frédéric Canadas : Frédéric Canadas est un expatrié français. Après de nombreux voyages à enseigner partout dans le monde, il a été nommé à la tête de l'école en 2017.

Crédit : Emily Christmas

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  • Date de création 19 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 19 mai, 2020
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