Amour et pandémie ne font pas bon ménage

Sous l’effet de la COVID-19, de la restriction des contacts et des précautions sanitaires, les relations amoureuses sont plus que jamais difficiles à l’Île-du-Prince-Édouard.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

«Les rencontres au hasard, ça n’existe plus, c’était dans le monde d’avant», ironise Marie (le prénom a été modifié). La trentenaire, qui s’est séparée de son copain juste avant le début de la pandémie, ne cache pas que le célibat lui pèse. «Je me sens bien à l’Île mais ça me manque de partager des choses en couple», confie-t-elle.

Dix mois après le début de la crise sanitaire, les rencontres insouciantes dans les bars ou lors d’une soirée chez des amis paraissent d’un autre temps. «Maintenant, tu évites les gens, tu essaies de garder ton cercle de connaissances petit. Rien qu’au restaurant, on ne se mélange plus, on reste à sa table», confirme Marie, avant de lancer : «À l’Î.-P.-É., c’est déjà difficile de rencontrer quelqu’un, alors avec la COVID-19, c’est pire. Les gens se referment.» La jeune femme évoque entre les lignes une rencontre avortée début décembre. Quelques jours après «une première “date” qui se passe bien», c’est le reconfinement de deux semaines. «Plus de nouvelle» : c’est le retour à la case départ.

Moins de spontanéité

À plus de trente ans, Marie sent parfois le temps lui filer entre les doigts alors que la majorité de ses amis sont en couple. «Rester toute seule, c’est la seule chose qui pourrait me faire fuir de l’Île, je n’ai pas envie de me retrouver isolée», glisse-t-elle. Car côté pression sociale, la jeune active en connaît un rayon. «Même si je suis bien toute seule, on m’a tellement mis dans la tête que pour être heureux, il faut être à deux», peste-t-elle.

2020 serait-elle la pire année possible pour les célibataires? Se découvrir, se dévoiler, rien n’est plus difficile face aux barrières physiques engendrées par les précautions sanitaires. On avance masqué, quand l’amour se fonde sur une mise à nu. «Pour un premier rendez-vous dans un endroit public, je garde mes distances, je ne fais plus de ”hugs”. Il y a plus de freins pour s’embrasser», raconte Marie. Avec la pandémie, une forme d’interdit semble s’être posée sur le contact, éloignant toute spontanéité tactile.

Dans ce climat de morosité ambiante, le fil tendu du désir peut ne plus fonctionner. «Quand on est fragile et anxieux, on est tenté par une forme de repli sur soi. On n’est pas disponible pour se faire plaisir en tissant des liens amoureux et sexuels», analyse Alain Gariépy, sexologue clinicien. «La pandémie ajoute de l’insécurité à des rencontres amoureuses qui comportent déjà beaucoup de questions et d’inconnues», poursuit le psychothérapeute.

Les couples aussi à l’épreuve

L’approche physique empêchée, la séduction se déploie ailleurs, sur les applications de rencontre comme Tinder ou Bumble. «Ça crée du lien, ça fait une présence quand tu es confinée par exemple», témoigne Marie qui préfère néanmoins les discussions «en vrai». «Les rencontres en ligne sont l’une des solutions : se donner plus de temps pour apprendre à se connaître à distance contribue à augmenter le désir», précise de son côté Alain Gariepy.

Si la situation actuelle est un frein aux nouvelles rencontres; elle constitue aussi une mise à l’épreuve pour certains jeunes couples. Depuis septembre, Connor Mycroft est séparé de sa copine qui vit en Floride. Les deux professeurs d’anglais ont dû précipitamment quitter la Chine, où ils travaillaient quand la pandémie a éclaté en mars dernier. Le couple a fait le choix de s’installer à l’Î.-P.-É. d’où Connor est originaire. Sa conjointe américaine a pu rester six mois en tant que touriste, avant de devoir retourner aux États-Unis.

Aller en Chine pour revivre à deux

«Avec la crise qui empire là-bas, je ne sais pas quand on se reverra, s’inquiète le jeune homme de 27 ans. Il y a des moments difficiles, heureusement que nous avons Zoom et les médias sociaux pour rester en contact quotidien.» Son espoir? Décrocher un nouveau contrat pour repartir en Chine avec sa compagne. «Je souhaite que ça se concrétise le plus vite possible mais pour l’instant, on n’a pas d’échéance», déplore l’enseignant, qui reste confiant dans l’avenir de sa relation.

En attendant la fin de la pandémie, Marie tente, elle, de se projeter tant bien que mal dans l’après : «Il y aura peut-être moins de coups d’un soir, les gens se rapprocheront moins vite mais je suis sûre que la dynamique d’aller vers les autres va revenir». Alain Gariepy est lui aussi optimiste. «L’être humain a naturellement besoin de contacts, affirme le sexologue. Les nouvelles habitudes que nous avons prises disparaîtront plus ou moins vite, ça dépendra du niveau de sécurité intérieure de chacun.»

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Alain Gariépy : «Quand on est fragile et anxieux, on est tenté par une forme de repli sur soi, on n’est pas disponible pour se faire plaisir en tissant des liens amoureux», analyse Alain Gariépy, sexologue clinicien. (courtoisie)

Connor Mycroft : Depuis quelques mois, Connor Mycroft est séparé de sa copine Sarah qui vit en Floride. Le couple de professeurs d’anglais espère pouvoir retourner travailler en Chine afin de vivre à nouveau ensemble. (courtoisie)

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  • Date de création 18 janvier, 2021
  • Dernière mise à jour 18 janvier, 2021
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